[Blog] Citations érotiques

8 citations érotiques

Jean Bodel; André Comte-Sponville; Octave Mirbeau; Pierre Louÿs; Friedrich Nietzsche; Alain Robbe-Grillet; Pauline Réage; …

Jean Bodel, Gombert et les deux clercs (entre 1190 et 1194).
 
(Deux clercs profitent de la femme et de la fille d’un brave paysan, messire Gombert, qui les a accueillis.)
 
La femme de messire Gombert :
Le sommeil le prit,
Et il s’endormit sur-le-champ.
Le clerc, lui ne perdit pas son temps :
Il alla coucher avec la dame,
Et, sans lui laisser le temps de se moucher,
Il la sauta à trois reprises.
 
La fille de messire Gombert :
Par le coeur de Dieu, je viens de foutre,
Et tu sais qui ? La fille de l’hôte.
J’en ai joui de tous les côtés,
Je lui ai bien percé son tonneau.

André Comte-Sponville “Le Sexe ni la mort” (éd. Albin Michel).
 
Les philosophes ont raison de promouvoir les Lumières. Ils auraient tort de croire qu’elles pourraient dissiper tout à fait cette nuit-là (Quignard – la nuit sexuelle, flammarion), sans laquelle elles n’existeraient pas. […]
 
Michel Foucault, dans le premier tome de son Histoire de la sexualité, évoquait aussi le « secret » de la sexualité, auprès duquel « toutes les énigmes du monde nous paraissent si légères, ce secret, en chacun de nous minuscule, mais dont la densité le rend plus grave que tout autre » (la Volonté de savoir, Gallimard). […]
 
Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le secret demeure presque inentamé, et résiste à toute exhibition qui peut en être faite – comme s’il y avait, dans la sexualité, quelque chose qu’on ne peut tout à fait dévoiler, fût-ce en le montrant, ni dire, fût-ce en en parlant pendant des heures. Les films pornographiques en donnent une paradoxale illustration […].
 
C’est la part animale en nous la plus prenante, la plus difficile à oublier, à maîtriser, à civiliser. Cela fait une partie de son charme, non le moindre. Comme il est troublant, pour un être humain, et délectable, de retrouver – en soi et en l’autre – l’animal qu’on n’a jamais cessé d’être ! C’est le prix à payer de la civilisation, et sa récompense peut-être.[…]
 
La chair est triste quand il n’y a que la chair […] Qui « n’a de jouissance qu’en la jouissance » (Montaigne) n’y connait rien. L’amour physique est comme la « chair de porc, que la sauce diversifie » (ibid.). L’art et la manière importent au moins autant que l’ingrédient. Disons que l’érotisme commence où la physiologie s’arrête : quand il s’agit d’autre chose, précisément, que de « décharger ses vases » (ibid.) … Le plaisir sexuel n’est vraiment délectable que par ce que l’âme y ajoute, mais l’est alors davantage que tout autre. […] Les plaisirs de la chair valent mieux que les « pensées ennuyeuses » ou « les chagrins mélancoliques » (Montaigne). »

Octave Mirbeau, Le Jardin des supplices (1899).
 
D’abord, je ne vis que des femmes – une mêlée de chairs forcenées et de vives écharpes –, des femmes qui se livraient à des danses frénétiques, à des possessions démoniaques, autour d’une sorte d’Idole dont le bronze massif, d’une patine très ancienne, se dressait au centre de la salle et montait jusqu’au plafond.
 
Puis l’Idole elle-même se précisa, et je reconnus que c’était l’Idole terrible, appelée l’Idole aux Sept Verges… Trois têtes armées de cornes rouges, casquées de chevelures en flammes tordues, couronnaient un torse unique ou plutôt un seul ventre, lequel s’incorporait à un énorme pilier barbare et phalliforme.
 
Tout autour de ce pilier, à l’endroit précis où le ventre monstrueux finissait, sept verges s’élançaient auxquelles les femmes, en dansant, offraient des fleurs et de furieuses caresses.
 
Et la lueur rouge de la salle donnait aux billes de jade qui servaient d’yeux à l’Idole, une vie diabolique… Au moment où nous nous remîmes en marche, j’assistai à un spectacle effrayant et dont il m’est impossible de rendre l’infernal frémissement.
 
Criant, hurlant, sept femmes, tout à coup, se ruèrent aux sept verges de bronze. L’Idole enlacée, chevauchée, violée par toute cette chair délirante, vibra sous les secousses multipliées de ces possessions et de ces baisers qui retentissaient, pareils à des coups de bélier dans les portes de fer d’une ville assiégée.

Pierre Louÿs, « Le Croisement des jambes », La Femme (1891).
 
Ah ! dans mes jambes… ah ! dans mes jambes qui bandent
Comme l’étau d’un double phallus sous mon ventre
Dans mes jambes ta cuisse, ta cuisse en rut, entre
Mes jambes, entre mes jambes qui bandent.
Ta cuisse a chaud… Tu me brûles. Ta cuisse tremble
Et jouit, je sens qu’elle jouit, ta… ta cuisse,
Qu’elle bande, je voudrais que, qu’elle jouisse
Et les miennes, et qu’elles déchargent ensemble.
 
Mes mains, sous ton genou par-derrière… oh ! serrantes
En levier ta cuisse dans mes fentes errantes
Comme des lèvres qui baisent, et qui masturbent
Ta rotule, et qui masturbent toute ta jambe
Et s’affolent, et se désespèrent de stupre
Sans pouvoir téter du sperme hors de ta jambe.

Friedrich Nietzsche.
 
(…) le mépris de la vie sexuelle, toute souillure de celle-ci par l’idée d’impureté, est un véritable crime contre la vie.
(…) A-t-on le droit d’appeler Eros un ennemi ? Les sensations sexuelles, tout comme les sensations de pitié et d’adoration, ont ceci de particulier qu’en les éprouvant l’homme fait du bien à un autre être humain par son plaisir – on ne rencontre pas si souvent de ces dispositions bienfaisantes dans la nature !

Alain Robbe-Grillet, La Maison de rendez-vous (© Les Éditions de Minuit, 1965).
 
La chair des femmes a toujours occupé, sans doute, une grande place dans mes rêves. Même à l’état de veille, ses images ne cessent de m’assaillir. Une fille en robe d’été qui offre sa nuque courbée – elle rattache sa sandale – la chevelure à demi renversée découvrant la peau fragile et son duvet blond, je la vois aussitôt soumise à quelque complaisance, tout de suite excessive.
 
L’étroite jupe entravée, fendue jusqu’aux cuisses, des élégantes de Hong Kong se déchire d’un coup sous une main violente, qui dénude soudain la hanche arrondie, ferme, lisse, brillante, et la tendre chute des reins. Le fouet de cuir, dans la vitrine d’un sellier parisien, les seins exposés des mannequins de cire, une affiche de spectacle, la réclame pour des jarretelles ou pour un parfum, deux lèvres humides, disjointes, un bracelet de fer, un collier à chien, dressent autour de moi leur décor insistant, provocateur. Un simple lit à colonnes, une cordelette, le bout brûlant d’un cigare m’accompagnent pendant des heures, au hasard des voyages, pendant des jours.
 
Dans les jardins, j’organise des fêtes. Pour les temples, je règle des cérémonies, j’ordonne des sacrifices. Les palais arabes ou mogols emplissent mes oreilles de cris et de soupirs. Sur les parois des églises de Bysance, les marbres sciés à symétrie bilatérale dessinent sous mes yeux des sexes féminins largement ouverts, écartelés. Deux anneaux scellés dans la pierre, au plus profond d’une antique prison romaine, suffisent à faire apparaître la belle esclave enchaînée, promise à de longs supplices, dans le secret, la solitude, et le loisir.

Anonyme (1480).
 
Un petit poème sur le sexe féminin datant du 15ème siècle :
Je n’ayme de vous que le con
La bouche, les piez et les mains
Et environ trois neux de rain
Les plus proche du croupion…

Pauline Réage, Histoire d’O © Pauvert, 1954.
 
Il la fit mettre à genoux, le dos contre le sofa, et pour qu’elle s’y appuyât plus près des épaules que de la taille, il lui fit écarter un peu les cuisses. Ses mains reposaient contre ses chevilles, ainsi son ventre était-il entrebâillé, et au-dessus de ses seins toujours offerts, sa gorge renversée. Elle n’osait regarder au visage Sir Stephen, mais voyait ses mains dénouer la ceinture de sa robe.
 
Quand il eut enjambé O toujours à genoux et qu’il l’eut saisie par la nuque, il s’enfonça dans sa bouche. Ce n’était pas la caresse de ses lèvres le long de lui qu’il cherchait, mais le fond de sa gorge. Il la fouilla longtemps, et O sentait gonfler et durcir en elle le bâillon de chair qui l’étouffait, et dont le choc lent et répété lui arrachait les larmes.
 
Pour mieux l’envahir, Sir Stephen avait fini par se mettre à genoux sur le sofa de part et d’autre de son visage, et ses reins reposaient par instants sur la poitrine d’O, qui sentait son ventre, inutile et dédaigné, la brûler. Si longuement que Sir Stephen se complût en elle, il n’acheva pas son plaisir, mais se retira d’elle en silence, et se remit debout sans refermer sa robe.
 
« Vous êtes facile, O, lui dit-il. Vous aimez René, mais vous êtes facile. René se rend-il compte que vous avez envie de tous les hommes qui vous désirent, qu’en vous envoyant à Roissy ou en vous livrant à d’autres, il vous donne autant d’alibis pour votre propre facilité ?
 
– J’aime René, répondit O.
 
– Vous aimez René, mais vous avez envie de moi, entre autres », reprit Sir Stephen.
 
Oui, elle avait envie de lui, mais si René, l’apprenant allait changer ? Elle ne pouvait que se taire, et baisser les yeux, son regard seul dans les yeux de Sir Stephen aurait été un aveu.
 
Alors Sir Stephen se pencha sur elle et la prenant aux épaules la fit glisser sur le tapis. Elle se retrouva sur le dos, les jambes relevées et repliées contre elle. Sir Stephen, qui s’était assis sur le sofa à l’endroit où, l’instant d’avant elle était appuyée, saisit son genou droit, et le tira vers lui.
 
Comme elle faisait face à la cheminée, la lumière du foyer tout proche éclairait violemment le double sillon écartelé de son ventre et de ses reins. Sans la lâcher, Sir Stephen lui ordonna brusquement de se caresser elle-même, mais de ne pas refermer ses jambes. Saisie, elle allongea docilement vers son ventre sa main droite, et rencontra sous ses doigts, déjà dégagée de la toison qui la protégeait, déjà brûlante, l’arête de chair où se rejoignaient les fragiles lèvres de son ventre.

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